31/08/2015

Enfin du changement à l'école !

Ça y est, la CIIP (Conférence Intercantonale de l'Instruction Publique) et les DIP de tous les cantons romands vont enfin mettre en place de vraies réformes (1) qui vont avoir des incidences positives sur les apprentissages des élèves (pour une fois qu'on s'occupe des élèves et non pas de changer simplement des structures ou de rajouter des charges administratives !).

Ces nouvelles perspectives souhaitent notamment développer des valeurs humanistes et cherchent donc à lutter contre celles, opposées, qui ont - malheureusement - forgé notre système éducatif, comme l’excellence unilatérale, la compétition, la prédominance de l’intérêt individuel sur l’intérêt collectif.

Cela se traduit par 9 mesures qui seront mises en place à l'école obligatoire :

1. Le cloisonnement disciplinaire sera assoupli. L’interdisciplinarité sera valorisée, permettant d'intégrer à l'école obligatoire des enjeux essentiels, comme des éléments de politique, de droit, d'éthique, ou encore de sensibiliser les jeunes aux concepts de complexité (le tout n'est pas égal à la somme des parties), d'ambivalence (il n'y a pas qu'une seule solution à un problème - tout n'est pas noir ou blanc), d’incertitude (où l'évaluation du "risque" est nécessaire) et d’interdépendances (les phénomènes sont en interaction et dépendent des uns des autres).

2. Les savoirs seront complétés par des compétences très importantes à développer, comme la créativité, la maîtrise de l’information (images, messages, médias,...) et des langages, les démarches scientifiques ou historiques et la démarche systémique (2), qui permet de comprendre les liens. Tous ces savoirs, avec les savoir-vivre ensemble et les savoir-apprendre, seront considérés avec la même importance.

3. Les différences interindividuelles et les intelligences multiples seront valorisées. La diversité est reconnue dorénavant comme une richesse... ...car elle permet de prendre en compte les atouts de chaque individu. L'élève ne sera jamais stigmatisé ou rabaissé, les efforts seront valorisés. « L’erreur ne sera plus une faute, mais du matériel d’apprentissage. » (3).

4. La notion de degré disparaîtra. En effet, les enfants se développent et grandissent à des vitesses différentes. Il en est évidemment de même pour le développement cognitif. Les élèves seront donc réunis en classes non pas par rapport à leur âge (les élèves les plus grands d'une classe ont actuellement tout de même 11 mois de plus que les plus jeunes... ...qui n'ont que quelques jours de plus que les plus vieux de la classe inférieure), mais par groupes de vie (environ 3 ans d'écart entre les élèves d'une même classe).

5. Les activités extérieures seront intensifiées. Ainsi, les activités physiques et culturelles seront quotidiennes (marche, visites, sports, jeux extérieurs, jardinage, ...), permettant entre autre de lutter contre l'obésité grandissante.

6. Les devoirs seront intégrés à l'horaire scolaire. En effet, c'est durant les horaires scolaires - et non pas à la maison - que les élèves sont censés "apprendre", c'est-à-dire construire des savoirs et savoirs-faire nouveaux. On a parfois actuellement l'impression que c'est l'inverse (surtout dans certaines disciplines et dans le secondaire) !

7. L’implication et la participation des élèves sera développée en leur demandant de réaliser davantage de projets authentiques, impliquant les parents, les collectivités, les associations et la population en général.

8. La manière d’évaluer les élèves sera transformée. Ce sera la fin des notes qui ne permettent actuellement que de sélectionner les élèves, souvent en partie arbitrairement (on sait par exemple que selon les écoles ou les profs, les notent varient sensiblement, de +- une bonne,... ...et que la difficulté des épreuves est très variable d'une école à l'autre). Des réalisations personnelles et collectives permettront d'identifier les apprentissages.

9. Les vrais enjeux de notre société et de notre planète seront abordés. Les enjeux de santé, les questions environnementales, les rapports entre les êtres humains ou encore l'identité terrienne (4).

 

Mais ne vous réjouissez pas trop vite, ces réformes ne sont prévues que pour le siècle prochain !

 

 

« Et sur les indications du diable, on créa l'école. L'enfant aime la nature: on le parqua dans des salles closes. L'enfant aime voir son activité servir à quelque chose: on fit en sorte qu'elle n'eût aucun but. Il aime bouger: on l'obligea à se tenir immobile. Il aime manier des objets: on le mit en contact avec des idées. Il aime se servir de ses mains: on ne mit en jeu que son cerveau. Il aime parler: on le contraignit au silence. Il voudrait raisonner: on le fit mémoriser. Il voudrait chercher la science: on la lui servit toute faite. Il voudrait s'enthousiasmer: on inventa les punitions. (... ) Alors les enfants apprirent ce qu'ils n'auraient jamais appris sans cela. Ils surent dissimuler, ils surent tricher, ils surent mentir. »

Déclaration d'Adolphe Ferrière, cofondateur en 1921 de la Ligue internationale de l'éducation nouvelle

 

1) Ce scénario est fictif et n'engage en rien la CIIP ou les DIP cantonaux.

2) A. Giordan & J. Saltet (2010). Changer le collège, c'est possible. http://www.ecolechangerdecap.net/spip.php?article120

3) http://www.atomes-crochus.org/article162.html

4) E. Morin, (1999). Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur. UNESCO (PDF).

22:19 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

08/05/2015

L'école est déconnectée de la réalité

Interdire les montres connectées lors des examens ? (TDG du 8 mai 2015 - 1). La technologie évoluant, nous aurons bientôt affaire à des habits connectés ! Verra-t-on nos bacheliers effectuer leurs examens à poil ? ...et dans 5 ou 10 ans, les verres de contact pourront afficher les informations du Web d'un simple clin d'œil ! Peut-être serait-il plus sage de faire comme au Danemark (2), autoriser l'accès à Internet durant les examens. Nous serions alors obligés de modifier leurs contenus, en testant des compétences plus complexes, comme le traitement des informations pertinentes ou la capacité de résoudre des problèmes nécessitant des connaissances systémiques (3). Mais d'ici là, il y aura encore beaucoup d'eau qui passera sous les ponts... ...de l'Arve.

Ce même jour, François Hollande annonce la mise en place d'un vaste plan numérique pour l'école de un milliard d'Euros (4). Après avoir touché le fond, la France cherche à se redresser, comme je le mentionnais dans un précédent billet de blog (5). Ici, on a plutôt pris l’ascenseur dans le sens inverse !

1. Premier cas de triche à la montre connectée : http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/premier-cas-trich...

2. Au Danemark, des lycéens passent le bac connectés à Internet : http://www.huffingtonpost.fr/2013/06/12/danemark-lyceens-...

3. L'école doit enseigner l'incertitude et la complexité : http://ldubois.blog.tdg.ch/archive/2015/02/24/l-ecole-doi...

4. Hollande annonce un milliard d'euros sur 3 ans pour le numérique à l'école : http://m.leparisien.fr/societe/hollande-annonce-un-millia...

5. La France réforme son enseignement... ...un exemple à suivre ? http://ldubois.blog.tdg.ch/archive/2015/04/14/la-france-r...

08:10 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

14/04/2015

La France réforme son enseignement... ...un exemple à suivre ?

Dès la rentrée 2016, la France réforme l'enseignement, de l'école élémentaire au collège (4 à 15 ans). Retour de balancier, puisque les nouveaux programmes identifient des cycles de 3 ans (et non plus annuels), introduisent une "Formation Générale" en 5 domaines (langages pour penser et communiquer, méthodes et outils pour apprendre, formation de la personne et du citoyen, systèmes naturels et systèmes techniques, représentations du monde et activité humaine), prévoient des heures d'interdisciplinarité (pour mener des projets et donner sens aux apprentissages). Par ailleurs, une attention particulière sera portée aux élèves en difficulté et l'évaluation devrait être plus formative. En s'inspirant des pays obtenant de bons résultats aux tests PISA (comme la Finlande), la France s'engage sur une bonne voie... ...mais ce n'est qu'un début, une tentative de lucidité qui ne prendra forme peut-être que sur le papier et qui risque de rester à tout jamais dans les tiroirs de l'administration ! Reste à revoir en effet la formation initiale et continue de l’Éducation Nationale, car il n'y a pas de réforme sans sérieuse formation du corps enseignant. Les Écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE) ont été réintroduites en France il y a deux ans, mais ne sont pas encore satisfaisantes.

Genève a pris exactement les mesures inverses il y a quelques années (programmes et cycles annuels -voire trimestriels-, enseignements strictement disciplinaires, retour des notes et d'une évaluation essentiellement certificative, moyens d'enseignement inadaptés et hétéroclites, diminution des postes de soutien pédagogique). Seul point commun avec la France, la gouvernance souffre des ses incohérences et s'occupe plus des structures, de la forme (hiérarchie, horaires, postes, procédures administratives, bâtiments,...), que du fond, un véritable changement de paradigme qui permettrait à chaque élève d'apprendre dans de bonnes conditions.

http://www.education.gouv.fr/cid87938/projets-de-programm...

19:17 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |