21/08/2013

Réforme de l'école ! Vous avez dit réforme ?

"Fin des réformes pour la rentrée scolaire genevoise", annonce la TDG le 20 août sur son site internet (1). Mais elle aurait dû plutôt annoncer la "Fin des tentatives de réforme", car finalement, les 10 ans de législature de Charles Beer auront surtout servi à gommer diverses initiatives - plus ou moins bonnes - cherchant à faire évoluer notre système éducatif !

Il faut dire que l'échec du pilotage et de la généralisation de la "Rénovation", réforme mise en chantier par Mme Martine Brunschwig Graf dès 1994, a profondément marqué les esprits ! Les détracteurs de cette réforme auront malheureusement su contraindre les décideurs à jeter le bébé avec l'eau du bain !

Ainsi, les notes sont réapparues, on ne parle plus guère d'individualisation des parcours de formation ni d'évaluation formative et les sections sont de retour au cycle d'orientation. D'ailleurs le titre du communiqué de presse du DIP est révélateur : "Harmonisation scolaire et nouveau cycle d'orientation : la boucle est bouclée" (2)... ...ou autrement dit, retour à la case départ !

Au-delà des éternels débats entre ceux qu'on appelle les "pédagogistes" et les "anti-pédagogistes", il faudra bien un jour se rendre compte que malgré une succession de pseudo réformes, faisant fluctuer l'école comme un ressac au gré des courants et des marées, rien ne change réellement ! L'école reste telle qu'elle a été imaginée il y a plus d'un siècle !

Bien évidemment, aucun chef du DIP ne pourra réellement refondre en profondeur notre système scolaire. Charles Beer, comme ses prédécesseurs, a dû naviguer dans une mer agitée, prenant, au gré des vents, de bonnes et de moins bonnes décisions, peut-être parfois à l'insu de son plein gré ! Reconnaissons-lui quelques réussites, comme par exemple la mise en place de passerelles entre les différentes écoles ou l'instauration des réseaux d'enseignement prioritaire (REP).

Mais les errements sont encore nombreux, comme je le précisais dans un précédent billet de blog (3).

Quoi qu'il en soit, notre société aurait besoin d'un nouveau projet éducatif, plus en phase avec les enjeux de notre monde ! Le successeur de Charles Beer aura 5 ans pour chercher la bonne vague !

1. http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/fin-reformes-rent...

2. http://www.ge.ch/dip/GestionContenu/detail.asp?mod=actual...

3. http://ldubois.blog.tdg.ch/archive/2013/05/15/quel-avenir...

07:28 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

21/05/2013

Quel avenir pour le DIP, à Genève, pour la prochaine législature ?

Le 19 mai dernier, dans son émission "Le grand Genève à chaud", Pascal Décaillet recevait le socialiste Thierry Apothéloz et le MCG Mauro Poggia, tous deux candidats au Conseil d'Etat, pour débattre de l'avenir de l'école genevoise.

En ce début de campagne pour les élections de l'automne, nous avons eu affaire à deux candidats prudents, fins stratèges, dressant un bilan plutôt positif de la législature de Charles Beer et n'ayant que peu de propositions quant à l'avenir de l'école.

Ainsi, Pascal Décaillet concluait son émission par ces mots : "le leg de Charles Beer ne sera pas démoli".

Alors oui, les deux invités ont montré leurs compétences et leur connaissance des dossiers. Ils ont relevé les réussites de l'actuel chef du DIP, notamment la mise en place de passerelles permettant aux jeunes titulaires d'un CFC ou d'un certificat de culture générale d'accéder à l'Université et aux Hautes écoles.

Mais une seconde écoute, attentive, permet d'y déceler les échecs de la politique du DIP de ces dix dernières années. Ainsi, comment interpréter le fait qu'un chef du DIP socialiste n'ait pas su préserver la confiance que témoignait bon nombre d'enseignants envers le système éducatif et plus particulièrement envers les autorités scolaires ?

"Il devient urgent de redonner au corps enseignant le plaisir d'enseigner !" affirme avec raison Mauro Poggia. Or, les réformes en cours ont éloigné les enseignants de leur mission première, en multipliant les tâches administratives, en mettant en place des dispositifs de gestion et de contrôles chronophages n'ayant montré que peu d'efficacité et ayant surtout joué un rôle néfaste sur la motivation des enseignants.

Autre tension, l'image de l'institution scolaire auprès de la population s'est largement péjorée ces dernières années, masquant ainsi le travail remarquable des enseignants consciencieux, sachant louvoyer habillement entre les directives et injonctions parfois contradictoires et sachant transmettre à leurs élèves le goût d'apprendre.

La réforme du Cycle d'orientation, quant à elle, introduite depuis la rentrée scolaire 2012, provoque à l'heure actuelle plus de dissensions et d'interrogations que de satisfactions. Tensions syndicales, introduction du Plan d'Etude Romand et des nouveaux moyens d'enseignement, grille-horaire et morcellements disciplinaires, formation initiale et continue, incivilités dans les établissements, sont tant de problématiques pour lesquelles des solutions doivent être trouvées. En outre, l'institution se doit de se réconcilier avec cette jeunesse désorientée dans un cycle qui pourtant se revendique être "d'orientation" ! Pour cela, il est nécessaire d'être plus proche des préoccupations des adolescents, en travaillant avec eux sur des projets pédagogiques concrêts en lien avec les enjeux de notre société, en revalorisant certaines filiaires de formation, notamment les apprentissages, en amenuisant la pression et le stress dûs à une succession d'évaluations certificatives - révélant en cela l'élitisme de notre système - tout en maintenant de fortes exigences, en travaillant sur le sens des apprentissages, en offrant à cette tranche d'âge des espaces et des opportunités pour que tous puissent s'épanouir et trouver leur place.

Il existe des solutions pour redonner à l'école, à la formation, la place et le rôle qu'elle mérite et redonner au jeunes l'envie d'apprendre, de s'intégrer dans notre société, mais pour cela il faudra du courage politique, des idées novatrices, une ligne de conduite cohérente... ...et un chef du DIP plus visionnaire que conservateur ! La prise en main du département de la formation par l'UDC Oskar Freysinger dans le Valais et peut-être par Yvan Perrin à Neuchâtel peut faire craindre une pareille issue à Genève ! La Suisse romande risque de voir son système éducatif piloté, au sein de la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP), par des Conseillers d'Etat en opposition complète avec les orientations décidées dans le cadre du concordat Harmos et avec certaines valeurs défendues par le Syndicat romand des enseignants... ...ce qui serait catastrophique pour l'avenir de l'école !

Quoi qu'il en soit, le futur Conseiller d'Etat en charge du DIP aura du pain sur la planche ! Et l'enjeu pour Genève est certainement plus important qu'il n'y paraît !

 

Quelques références :

Le nouveau Cycle arrive et les tensions demeurent : http://archives.tdg.ch/geneve/actu/nouveau-cycle-arrive-t...

Changer le collège, c'est possible : http://www.ecolechangerdecap.net/spip.php?article120

A Neuchâtel se pose la question de la répartition des dossiers : http://www.rts.ch/info/regions/neuchatel/4916737-a-neucha...
 
 
Le programme scolaire UDC : http://www.udc.ch/display.cfm/id/101344

Les établissements du REP dans leur environnement - Quatrième rapport intermédiaire : quatre études de cas - Année scolaire 2008-2009 http://www.ge.ch/recherche-education/doc/publications/doc...

Évaluation externe des projets d'établissement de l'enseignement primaire - Rapport de synthèse : http://www.ge.ch/recherche-education/doc/publications/doc...

Bilan de la première législature 2009-2012 des Conseils d'établissement de l'enseignement primaire : http://icp.ge.ch/ep/etidep/IMG/pdf/bilan_premiers_coet_20...

10:58 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

24/04/2013

L'enseignement des sciences, ce parent pauvre !

Il y a quelques jours, le 22 avril dernier, la TDG relatait l'introduction d'un enseignement sur le fait religieux à l'école obligatoire (1). Ainsi, depuis la rentrée scolaire 2011, tous les élèves du canton de Genève, bénéficient de l'étude de «Grands Textes», sacrés et profanes, se différenciant sur les plans religieux, politique, philosophique ou juridique et permettant donc d'aborder des problématiques diverses.

Peu de choses en réalité sur le siècle des Lumières, qui pourtant constitue le fondement de notre société actuelle, avec notamment l'émergence de la pensée scientifique et de l'esprit critique.


Il faut dire que l'enseignement des sciences n'est pas la préoccupation majeure du DIP. Comme je le mentionnais dans un billet de blog précédent (2), nous assistons à l'heure actuelle à une augmentation déraisonnée des sujets à aborder à l'école obligatoire (allemand, suisse-allemand, anglais, citoyenneté, MITIC, grands textes), introduits d'une manière cumulative et non pas intégrative... ...au détriment de l'enseignement des sciences !

Il y a un peu plus d'une année (3), quelques mois après la publication des résultats de l'étude PISA 2009 indiquant les médiocres performances des élèves genevois en sciences (4), le comité pour la valorisation des sciences expérimentales au Cycle d’orientation (Vseco) sonnait déjà la sonnette d'alarme !

A l'école primaire l'enseignement des sciences s'est vue attribuée depuis quelques années une dotation horaire de 2 périodes de sciences par semaine, et ce de la 1P à la 8P Harmos. Deux fois plus qu'auparavant ! Ainsi, sur l'ensemble de la scolarité primaire, les élèves devraient avoir suivi (en théorie) 570 périodes de sciences, contre 380 d'allemand et 152 d'anglais. Plutôt encourageant ! Pourtant, cette augmentation du quota horaire ne s'est vue accompagnée d'aucune mesure concrête pour aider les enseignants dans leur tâche. Aucun renforcement de la formation initiale et continue des enseignants n'a été envisagée dans ce domaine. Cela semble d'autant plus urgent que l'enseignement des sciences s'est complexifié ces dernières années, intégrant de nouveaux enjeux (écologie, santé, interdépendances, développement durable, technologie, ...), et qu'il a adopté de nouvelles méthodes pédagogiques.

Notre pays, notre économie, a besoin, plus que jamais, d'une jeune génération maîtrisant les enjeux scientifiques de notre société, que ce soit pour relever les défis environnementaux, technologiques, médicaux ou humains. Il n'y a qu'une piste pour cela, revaloriser l'enseignement des sciences et cela dès le début de la scolarité obligatoire !

 

 1) Les dieux ont-ils leur place à l'école ? - TDG du 22 avril 2013 : http://www.tdg.ch/geneve/dieux-ontils-place-ecole/story/2...

2) A quand une refondation pour l'école pour Genève : http://ldubois.blog.tdg.ch/archive/2013/03/19/refondation...

3) Des profs accusent: l’école genevoise néglige les sciences - TDG du 22 janvier 2012 : http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/profs-accusent-ec...

4) PISA 2009 : http://www.ge.ch/dip/doc/actu/2011/111204_cp_pisa-2009_ge...

07:52 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | | |