23/09/2014

Etude PISA 2012 : on oublie l'essentiel

Les résultats cantonaux de PISA 2012 sont tombés (1). Sans surprise, ceux-ci confortent la tendance observée lors des tests PISA 2009. Les élèves romands sont moins bons en mathématiques et en sciences que leurs homologues alémaniques. L'écart se ressert par contre en lecture avec 2 points seulement d'écart (2).

Centrée sur les mathématiques, l'étude PISA 2012 montre ainsi un écart de 11 points entre les élèves romands et les élèves alémaniques. Ce constat masque cependant une donnée plus alarmante. En sciences, la différence entre les romands et les alémaniques est de 20 points !

Pire, la comparaison cantonale met en évidence que le canton de Genève est à la traîne dans le domaine des sciences de la nature. En effet, à Genève, seulement 53% des élèves atteignent le niveau 3, alors qu'ils sont plus de 68% dans le canton de Fribourg. Une différence de 15% !

Certains se lamenteront sur le fait que, malgré les nombreuses mesures prises depuis 2002 pour améliorer les compétences des élèves en littératie, les résultats des élèves de Suisse romande évoluent peu. Seul le canton de Genève semble tirer son épingle du jeu. D'autres s'interrogeront sur la proportion d'élèves à Genève, seulement 58%, qui atteignent le niveau 3 en mathématiques. Mais pour les sciences, la situation à Genève est véritablement inquiétante... ...et cela risque de s’aggraver ces prochaines années, tant nos autorités scolaires ont fixé d'autres priorités, notamment l'enseignement (trop !) précoce de l'anglais et de l'allemand.

Nous le disions dans un précédent billet de blog (3), l'enseignement des sciences est, et a toujours été, le parent pauvre de l'école obligatoire et les récentes mesures prises par la Direction Générale de l'Enseignement Obligatoire (DGEO) sont là pour le démontrer encore une fois.

Ainsi, par exemple, la DGEO a octroyé 2 jours de recyclage pour l'introduction, à la rentrée scolaire 2014, d'un nouveau moyen d'enseignement de l'allemand. Tous les enseignants du cycle 2 bénéficieront donc de 2 jours de formation sur temps scolaire, en plus du quota habituel. Mais aucune formation ou recyclage n'a été prévu pour les sciences de la nature qui renouvellent également leurs moyens d'enseignement, permettant ainsi de tenir compte d'un changement radical de la manière d'enseigner les sciences de la nature, comme le Plan d’Études Romand (PER) l'exige.

Par ailleurs, bien que les missions et les contenus des sciences de la nature ont été largement augmentés dans le PER (ouverture sur le monde, culture scientifique, enjeux de société, notions scientifiques, santé, interdépendances, développement durable...), les forces et les ressources de formation en sciences de la nature dédiées au primaire ont été fortement réduites ces dernières années, y compris dans la formation initiale (3 crédits obligatoires pour les sciences de la nature sur les 240 que comptent la Formation en Enseignement Primaire).

Ces problèmes ont d'ailleurs été soumis au Conseil d’État par le biais d'une question urgente proposée par M. Jean Romain le 25 juin dernier (4), mais ces signaux d'alarme sont restés sans effet.

Notre canton, notre pays, notre économie, a besoin, plus que jamais, d'une jeune génération maîtrisant les enjeux scientifiques de notre société, que ce soit pour relever les défis environnementaux, technologiques, médicaux ou humains.

Gageons que les médiocres résultats obtenus aux tests PISA 2012 par le canton de Genève en sciences de la nature sauront créer le déclic nécessaire pour revaloriser enfin l'enseignement des sciences dans notre canton, à l'école primaire comme au secondaire I.

La DGEO nous promet un plan d'action en sciences qui devrait être adopté cet automne. Nous espérons qu'il sera à la hauteur !

1. TDG du 24 septembre 2014 et http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/etude-pisa-2012-g...

2. Sources : CIIP 2014 - http://www.ciip.ch/documents/showFile.asp?ID=6116 et http://www.ciip.ch/documents/showFile.asp?ID=6117

3. http://ldubois.blog.tdg.ch/archive/2013/04/24/enseignemen...

4. Grand Conseil - QUE 215 - A : http://www.ge.ch/grandconseil/moteurPdf.asp?typeObj=QUE&a...

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13/05/2014

Valorisons la créativité à l'école

La créativité et l'inventivité sont des compétences qui permettront peut-être à l'humanité de s'en sortir. Le Plan d'Etudes Romand (PER) l'a bien compris, puisqu'il intègre ces capacités : http://www.plandetudes.ch/web/guest/capacites-transversal...

Mais à lire l'article de Carolyn Gregoire, j'ai bien peur que l'école ne valorise pas vraiment ces comportements... ...et même qu'elle les répriment !!!

http://www.huffingtonpost.fr/2014/03/11/la-creativite-18-...

Passons en revue quelques-unes des caractéristiques et des comportements révélateurs chez ces personnes hors du commun, artistes, chefs d'entreprise, aventuriers, inventeurs, savants, génies, et autres scientifiques qui ont permis des avancées notoires :

Ils rêvassent

Cette qualité est... ...comment dire..., plutôt perçue négativement dans le milieu scolaire !

Ils observent tout ce qui est autour d’eux...

...par exemple, par la fenêtre de la classe ! Ils prennent, en outre, du temps pour parcourir les différentes pages du livre, avant de s'arrêter à la page demandée par l'enseignant.

Ils travaillent aux heures qui les arrangent

...bon, là je vois mal comment on pourrait faire autrement... ...et je n'ai pas envie de parler du mercredi matin !

Ils prennent le temps d’être seuls

Difficile dans une classe de 24 élèves ! Mais on pourrait aménager des "pauses", des moments de respiration.

Ils contournent les obstacles de la vie

L'école est-elle un obstacle pour ces personnes ?

Ils sont à la recherche de nouvelles expériences

Qu'est-ce qui se passe si je taille mon crayon par les deux bouts ? Est-ce que j'arrive à tenir en équilibre sur deux pieds de chaise ?

Ils "échouent"

Quelle est la place de l'erreur à l'école ? Il y a 5 siècles, elle apparaissait déjà comme inhérente aux processus d'apprentissage. Les pédagogues d'aujourd'hui le confirment, l'erreur prend toute sa place dans la construction de la pensée (voir le dossier "L'erreur en pédagogie").

Ils posent les bonnes questions

Tout un apprentissage ! Mais est-ce que l'école apprend aux élèves comment poser les bonnes questions ? Ou cherche-t-elle plutôt à obtenir les bonnes réponses !

Ils prennent des risques

Quelle est la place du risque dans l'institution scolaire. Quelle marge de manœuvre dispose chaque élève ? Dans quel cas peut-il prendre des risques ?

Pour eux, tout devient une occasion de s’exprimer

Si tous les élèves qui bavardent ne deviendront probablement pas des génies ou des inventeurs, comment distinguer "bavardage" et "expression créative" ?

Ils réalisent leurs vraies passions

Il y a très longtemps, un de mes élèves, passionné de musique, avait apporté son clavier électronique en classe. Et il a passé quelques heures à composer des musiques, notamment pour le spectacle de fin d'année. Il s'occupe maintenant de la Direction musicale de "Le Band d'Un Air de Famille - RTS".

Ils sortent de leur propre tête

"Explorer d’autres façons de penser", affirme l'article. C'est ce que le PER appelle "développement de la pensée divergente" en exprimant ses idées sous de nouvelles formes. Donc valoriser le processus, le cheminement, plutôt que le résultat ou le produit fini.

Ils perdent la notion du temps

La cloche de la récréation, les "Rangez les cahiers", "Plus que 10 minutes" ou les "Dépêchez-vous", sont là pour rappeler à l'ordre les élèves qui perdent la notion du temps.

Ils s’entourent de beauté

...voir la maîtresse de Titeuf !

Ils relient les points

Établir des liens entre différentes problématiques. Difficile lorsque l'école est perçue comme une juxtaposition de différentes disciplines... ...de plus en plus nombreuses ! Mais certains enseignants y arrivent très bien et sont devenus des experts en interdisciplinarité.

Elles font bouger les choses

Comment offrir aux élèves la possibilité de changer les choses ? Une boîte à suggestion ? Un espace de proposition dans le conseil de classe ?

Ils consacrent du temps à la méditation

Et si la méditation devenait une discipline obligatoire à l'école ? C'est en tout cas ce que suggère
Jeanne Siaud-Facchin dans son article "La méditation comme remède au mal de l'apprentissage". André Giordan, sans parler de méditation, propose, quant à lui, des moments de relaxation en classe.

 

Vous l'aurez compris, pour permettre à l'humanité de s'en sortir (!), ou en tout cas pour respecter le Plan d'Etude Romand et développer cette compétence appelée "pensée créatrice", il est indispensable de bousculer quelque peu les traditions, les codes et autres contraintes structurelles. En bref, changeons l'école.

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14/03/2014

L'école va à contresens

La pratique de la musique est bénéfique pour le développement cognitif. Une recherche a même montré des bénéfices concernant des tâches linguistiques (1 - Voir Emission Specimen du 12 mars 2014 - à 30'39"). L'école primaire genevoise pourrait s'en inspirer ! A quand des cours de musique pour les élèves qui ont des difficulté en français ? Malheureusement, l'école va plutôt à contresens, en attribuant peu d'importance aux disciplines artistiques, scientifiques et à l'éducation physique.


Quelques autres contresens :

On sait que pour les élèves en difficulté, l'appui disciplinaire d'une ou deux période(s) par semaine sur temps scolaire donné par des ECSP (enseignants chargés du soutien pédagogique), n'est pas efficace, mais cette pratique n'est pas remise en question. Pourtant, certains établissements osent utiliser ces ressources différemment, ... ...pour le bien des élèves.

Les devoirs à domicile ne servent pas à grand chose (2), en tout cas pas à réduire les inégalités, ni à acquérir des connaissances durables, mais par tradition, on ne les fait pas évoluer. Ils nous font même oublier parfois, que le véritable lieu d'apprentissage, où les élèves sont censés apprendre, c'est l'école !

Pour apprendre une langue, la méthode qui consiste à saupoudrer durant plusieurs années 2 ou 3 périodes par semaine n'a jamais fait ses preuves, contrairement à l'immersion pratiquée dans certaines écoles (bilinguisme précoce)... ..ou au séjour de 6 mois à l'étranger. Mais pourtant, l'institution a accentué la pression en introduisant l'anglais dès la 7ème Harmos (2 périodes par semaine) et en mettant en place des épreuves cantonales d'allemand (renonçant à la sensibilisation initialement souhaitée). Comme quoi, on n'apprend pas des échecs du passé.

L'enseignement primaire avait comme qualité d'offrir aux élèves un lieu d'apprentissage, une classe, tenu par un enseignant généraliste. Ce référent avait ainsi une vision d'ensemble de chaque élève, qu'il pouvait suivre dans tous les domaines. La nouvelle organisation prévue pour la rentrée balaie cette perspective et fragmente les temps d'enseignement interdisant la souplesse nécessaire dans cet ordre d'enseignement. Nous assistons à une secondarisation de l'école primaire, où le titulaire ne donnera ni l'éducation physique, ni l'anglais, ni parfois la musique, l'éducation artistique, les sciences de la nature ou les sciences de l'Homme et de la société.

Allez, j'en ai encore dans mes manches, mais j'en garde pour une prochaine.


1 : Emission Specimen du 12 mars 2014 - à 30'39" : http://www.rts.ch/emissions/specimen/5566011-la-musique-c...

2. Dubois, L. & Navarro Dubois G. (1997). Les devoirs à domicile: des tâches sans taches ?


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