21/05/2013

Quel avenir pour le DIP, à Genève, pour la prochaine législature ?

Le 19 mai dernier, dans son émission "Le grand Genève à chaud", Pascal Décaillet recevait le socialiste Thierry Apothéloz et le MCG Mauro Poggia, tous deux candidats au Conseil d'Etat, pour débattre de l'avenir de l'école genevoise.

En ce début de campagne pour les élections de l'automne, nous avons eu affaire à deux candidats prudents, fins stratèges, dressant un bilan plutôt positif de la législature de Charles Beer et n'ayant que peu de propositions quant à l'avenir de l'école.

Ainsi, Pascal Décaillet concluait son émission par ces mots : "le leg de Charles Beer ne sera pas démoli".

Alors oui, les deux invités ont montré leurs compétences et leur connaissance des dossiers. Ils ont relevé les réussites de l'actuel chef du DIP, notamment la mise en place de passerelles permettant aux jeunes titulaires d'un CFC ou d'un certificat de culture générale d'accéder à l'Université et aux Hautes écoles.

Mais une seconde écoute, attentive, permet d'y déceler les échecs de la politique du DIP de ces dix dernières années. Ainsi, comment interpréter le fait qu'un chef du DIP socialiste n'ait pas su préserver la confiance que témoignait bon nombre d'enseignants envers le système éducatif et plus particulièrement envers les autorités scolaires ?

"Il devient urgent de redonner au corps enseignant le plaisir d'enseigner !" affirme avec raison Mauro Poggia. Or, les réformes en cours ont éloigné les enseignants de leur mission première, en multipliant les tâches administratives, en mettant en place des dispositifs de gestion et de contrôles chronophages n'ayant montré que peu d'efficacité et ayant surtout joué un rôle néfaste sur la motivation des enseignants.

Autre tension, l'image de l'institution scolaire auprès de la population s'est largement péjorée ces dernières années, masquant ainsi le travail remarquable des enseignants consciencieux, sachant louvoyer habillement entre les directives et injonctions parfois contradictoires et sachant transmettre à leurs élèves le goût d'apprendre.

La réforme du Cycle d'orientation, quant à elle, introduite depuis la rentrée scolaire 2012, provoque à l'heure actuelle plus de dissensions et d'interrogations que de satisfactions. Tensions syndicales, introduction du Plan d'Etude Romand et des nouveaux moyens d'enseignement, grille-horaire et morcellements disciplinaires, formation initiale et continue, incivilités dans les établissements, sont tant de problématiques pour lesquelles des solutions doivent être trouvées. En outre, l'institution se doit de se réconcilier avec cette jeunesse désorientée dans un cycle qui pourtant se revendique être "d'orientation" ! Pour cela, il est nécessaire d'être plus proche des préoccupations des adolescents, en travaillant avec eux sur des projets pédagogiques concrêts en lien avec les enjeux de notre société, en revalorisant certaines filiaires de formation, notamment les apprentissages, en amenuisant la pression et le stress dûs à une succession d'évaluations certificatives - révélant en cela l'élitisme de notre système - tout en maintenant de fortes exigences, en travaillant sur le sens des apprentissages, en offrant à cette tranche d'âge des espaces et des opportunités pour que tous puissent s'épanouir et trouver leur place.

Il existe des solutions pour redonner à l'école, à la formation, la place et le rôle qu'elle mérite et redonner au jeunes l'envie d'apprendre, de s'intégrer dans notre société, mais pour cela il faudra du courage politique, des idées novatrices, une ligne de conduite cohérente... ...et un chef du DIP plus visionnaire que conservateur ! La prise en main du département de la formation par l'UDC Oskar Freysinger dans le Valais et peut-être par Yvan Perrin à Neuchâtel peut faire craindre une pareille issue à Genève ! La Suisse romande risque de voir son système éducatif piloté, au sein de la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP), par des Conseillers d'Etat en opposition complète avec les orientations décidées dans le cadre du concordat Harmos et avec certaines valeurs défendues par le Syndicat romand des enseignants... ...ce qui serait catastrophique pour l'avenir de l'école !

Quoi qu'il en soit, le futur Conseiller d'Etat en charge du DIP aura du pain sur la planche ! Et l'enjeu pour Genève est certainement plus important qu'il n'y paraît !

 

Quelques références :

Le nouveau Cycle arrive et les tensions demeurent : http://archives.tdg.ch/geneve/actu/nouveau-cycle-arrive-t...

Changer le collège, c'est possible : http://www.ecolechangerdecap.net/spip.php?article120

A Neuchâtel se pose la question de la répartition des dossiers : http://www.rts.ch/info/regions/neuchatel/4916737-a-neucha...
 
 
Le programme scolaire UDC : http://www.udc.ch/display.cfm/id/101344

Les établissements du REP dans leur environnement - Quatrième rapport intermédiaire : quatre études de cas - Année scolaire 2008-2009 http://www.ge.ch/recherche-education/doc/publications/doc...

Évaluation externe des projets d'établissement de l'enseignement primaire - Rapport de synthèse : http://www.ge.ch/recherche-education/doc/publications/doc...

Bilan de la première législature 2009-2012 des Conseils d'établissement de l'enseignement primaire : http://icp.ge.ch/ep/etidep/IMG/pdf/bilan_premiers_coet_20...

10:58 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Si je vous ai bien compris, vous attendez un chef qui tranchera dans le conflit entre les enseignants progressistes et ceux qui défendent les valeurs de l'école à Grand Papa.
Monsieur Beer a maintenu un cap avec intelligence. Il a dû lâcher du lest et réintroduire les notes suite à la pression des parents anxieux pour l'avenir de leur progéniture dans un monde globalisé qui accentue encore la compétition internationale au détriment de valeurs véhiculées depuis des dizaines d'années par le privé et les tentatives de rénovation pour renverser le paradigme toujours dominant.
On ne peut aller plus vite que la musique et si les tentatives d'harmonisation apportent leur lot d'avantages, notamment en matière administrative et afin de pouvoir comparer ce qui est comparable, elles ne favorisent aucunement la réorientation sociétale tant attendue par de nombreux enseignants vers une logique plus coopérative que compétitive.
Seulement voilà, une fois de plus, cette révolution ne saurait prendre place dans un petit coin de la planète. La prise de conscience doit être universelle. On n'en prend pas le chemin. Les pays émergents et les grandes puissances de demain exacerbent au contraire la logique dominante.
Les changements ne viendront pas d'en haut et le magistrat qui sera en charge du DIP ne pourra faire mieux que M. Beer dans un tel environnement.
Le salut viendra peut-être de la technologie avec les cours en ligne gratuits. Les classes ne sont plus tenables, les enseignants passent le plus clair de leur temps à faire de la discipline et à se défendre contre les parents au lieu de collaborer ensemble. Dans un tel contexte, les élèves sont incapables de se concentrer pour acquérir les matières. Le caractère obligatoire de l'instruction répond à un souci de permettre à tous d'avoir les mêmes chances mais il contient déjà en lui l'aveu d'un échec. On va à l'école en trainant les godasses comme les détenus pendant la promenade.

Écrit par : Pierre Jenni | 23/05/2013

Merci pour votre analyse pertinente. Mais non, je n’attends pas du chef du DIP qu’il tranche entre les enseignants progressistes et les autres. Ce n’est évidemment pas son rôle dans un contexte qui, vous l’avez souligné, ne permet pas la mise en œuvre de réformes permettant de changer radicalement de paradigme. En cela Charles Beer a choisi une ligne de conduite prudente, cohérente avec les décisions prises à l’échelle de la Suisse, notamment par rapport au concordat Harmos.

Mais si, comme vous le mentionnez sur votre page web (http://www.pierrejenni.ch/page/6-renovation-du-scolaire-et-arle), les Directeurs d’établissements deviennent des « technocrates de l’enseignement », il en va de même pour les enseignants qui se sont vu imposer des tâches, des structures, des dispositifs qui, sous prétexte d’harmonisation, ont bridé leur créativité, leur réflexivité et réduit leur motivation, dimensions essentielles qui rendent le métier d’enseignant épanouissant, attractif et valorisant.

Écrit par : Laurent Dubois | 23/05/2013

Les commentaires sont fermés.