24/04/2013

L'enseignement des sciences, ce parent pauvre !

Il y a quelques jours, le 22 avril dernier, la TDG relatait l'introduction d'un enseignement sur le fait religieux à l'école obligatoire (1). Ainsi, depuis la rentrée scolaire 2011, tous les élèves du canton de Genève, bénéficient de l'étude de «Grands Textes», sacrés et profanes, se différenciant sur les plans religieux, politique, philosophique ou juridique et permettant donc d'aborder des problématiques diverses.

Peu de choses en réalité sur le siècle des Lumières, qui pourtant constitue le fondement de notre société actuelle, avec notamment l'émergence de la pensée scientifique et de l'esprit critique.


Il faut dire que l'enseignement des sciences n'est pas la préoccupation majeure du DIP. Comme je le mentionnais dans un billet de blog précédent (2), nous assistons à l'heure actuelle à une augmentation déraisonnée des sujets à aborder à l'école obligatoire (allemand, suisse-allemand, anglais, citoyenneté, MITIC, grands textes), introduits d'une manière cumulative et non pas intégrative... ...au détriment de l'enseignement des sciences !

Il y a un peu plus d'une année (3), quelques mois après la publication des résultats de l'étude PISA 2009 indiquant les médiocres performances des élèves genevois en sciences (4), le comité pour la valorisation des sciences expérimentales au Cycle d’orientation (Vseco) sonnait déjà la sonnette d'alarme !

A l'école primaire l'enseignement des sciences s'est vue attribuée depuis quelques années une dotation horaire de 2 périodes de sciences par semaine, et ce de la 1P à la 8P Harmos. Deux fois plus qu'auparavant ! Ainsi, sur l'ensemble de la scolarité primaire, les élèves devraient avoir suivi (en théorie) 570 périodes de sciences, contre 380 d'allemand et 152 d'anglais. Plutôt encourageant ! Pourtant, cette augmentation du quota horaire ne s'est vue accompagnée d'aucune mesure concrête pour aider les enseignants dans leur tâche. Aucun renforcement de la formation initiale et continue des enseignants n'a été envisagée dans ce domaine. Cela semble d'autant plus urgent que l'enseignement des sciences s'est complexifié ces dernières années, intégrant de nouveaux enjeux (écologie, santé, interdépendances, développement durable, technologie, ...), et qu'il a adopté de nouvelles méthodes pédagogiques.

Notre pays, notre économie, a besoin, plus que jamais, d'une jeune génération maîtrisant les enjeux scientifiques de notre société, que ce soit pour relever les défis environnementaux, technologiques, médicaux ou humains. Il n'y a qu'une piste pour cela, revaloriser l'enseignement des sciences et cela dès le début de la scolarité obligatoire !

 

 1) Les dieux ont-ils leur place à l'école ? - TDG du 22 avril 2013 : http://www.tdg.ch/geneve/dieux-ontils-place-ecole/story/2...

2) A quand une refondation pour l'école pour Genève : http://ldubois.blog.tdg.ch/archive/2013/03/19/refondation...

3) Des profs accusent: l’école genevoise néglige les sciences - TDG du 22 janvier 2012 : http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/profs-accusent-ec...

4) PISA 2009 : http://www.ge.ch/dip/doc/actu/2011/111204_cp_pisa-2009_ge...

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09/04/2013

A Genève, l'éducation au développement durable est à la traîne !

A l'occasion de la 7ème conférence des villes durables, un atelier thématique intitulé "Intégration de la durabilité dans l'éducation - les défis de Genève" a été planifié. Cette session traitera de la mise en place de projets pédagogiques permettant aux établissements d'intégrer le concept de durabilité dans l'enseignement, notamment par l'instauration d'Agendas scolaires 21 impliquant une collaboration avec les collectivités locales. Autre sujet de discussion, la formation initiale et continue des enseignants pour que ces derniers puissent intégrer dans leur enseignement le concept de développement durable qui, faut-il le rappeler, figure dans la LIP, la loi sur l'instruction publique - article 4 alinéa e de la LIP (1) - : "L’enseignement public a pour but, dans le respect de la personnalité de chacun : ... ...de rendre chaque élève progressivement conscient de son appartenance au monde qui l’entoure, en éveillant en lui le respect d’autrui, l’esprit de solidarité et de coopération et l’attachement aux objectifs du développement durable".

Par ailleurs, le nouveau Plan d’étude romand (PER), qui a vu le jour en 2010, intègre dans ses orientations et dans l’une des thématiques de la formation générale, intitulée "Interdépendances (sociales, économiques, environnementales)", certains principes du développement durable. Aussi, dans sa présentation générale, les auteurs du PER insistent fortement sur la place qu’occupe l’éducation au développement durable (EDD) dans les trois cycles de l'enseignement obligatoire en mentionnant que les problématiques liées au développement durable constituent des enjeux majeurs de ce début du vingt-et-unième siècle et qu’elles impliquent "d’appréhender de manière systémique la complexité du monde dans ses dimensions sociales, économiques, environnementales, scientifiques, éthiques et civiques" (2).

Or, si la quasi-totalité des cantons romands ont mis en place des lois ou des engagements visant à intégrer progressivement la notion de développement durable dans l’enseignement et la formation, dans la réalité, l’intégration du développement durable dans les pratiques est plus complexe qu’il n’y parait.

Il faut dire que pour l'instant, à Genève, aucune formation obligatoire en EDD n'est proposée dans le cadre de la formation initiale des enseignants et que la "Formation générale" et les "Capacités transversales", pourtant piliers du PER, ne constituent pas une priorité pour nos autorités éducatives. En effet, si dans les discours le développement durable - ou plutôt l'étude des interdépendances - est bien présent, dans les actes nos autorités ne soutiennent les initiatives EDD que du bout des lèvres ! De plus, aucune mesure concrète visant à instaurer une véritable formation des enseignants n'est envisagée !

Il n'est donc pas étonnant que les conceptions de l’EDD chez les enseignants et les formateurs soient très hétérogènes, ce que montrent certaines études. Ainsi, certains voient l’EDD comme une matière scolaire, qui fait du DD un objet d’enseignement. D’autres considèrent le DD comme des savoirs spécifiques faisant partie intégrante de certaines disciplines, la géographie ou les sciences. D’autres encore voient l’EDD en tant que concept générique qui se doit d’imprégner l’ensemble du système éducatif. Ces différents niveaux de compréhension et d'intégration de l'EDD (3) se révèlent dans l'ensemble des actions éducatives "EDD" menées par les enseignants de l'école obligatoire et du postobligatoire.

Gageons que cet atelier ne se contentera pas de mettre en avant les quelques timides initatives mises en place dans les établissements, mais qu'il mettra le doigt sur les importants changements du système éducatif que la perspective d'une éducation mettant en avant la compréhension de la complexité du monde et des interdépendances, implique.

 

Ressources :

- Morin, E. 2003. 1999. Les sept savoirs nécessaires à l’éduction du futur, UNESCO, Paris.

- Obin, J.-P. 2003. Les valeurs de l’école, Administration et éducation n°100.

- Pellaud, F. 2011. Pour une éducation au développement durable, Editions Quae, Versailles.

 

Notes :

(1) http://www.ge.ch/legislation/rsg/f/rsg_c1_10.html

(2) Présentation générale du Plan d’Etudes Romand, version 2.0., 27 mai 2010, p. 21

(3) Dubois, L. (2012). L'EDD, entre confusions et changement de paradigme. in Résonnance - Mensuel de l'école valaisanne, (PDF).

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