31/03/2017

Une formation de qualité

Les membres de la commission de l’enseignement supérieur viennent de suspendre le projet de loi (PL) visant à réduire d'une année la formation des enseignants de l'école primaire du canton de Genève, qui est actuellement de 4 ans (1).

Raison évoquée : l'annonce des directeurs des hautes écoles pédagogiques de Suisse qui ont décidé de proposer cet automne de généraliser une formation initiale en 5 ans (master) pour tous les niveaux d'enseignement, du primaire au secondaire (2).

L'enseignement s'est complexifié et de nouveaux enjeux sont apparus à l'école primaire, notamment dans le plan d'études romand (PER) : l'enseignement des langues (allemand et anglais), les MITIC (médias, images et technologies de l'information et de la communication), la citoyenneté, les interdépendances, l'école intégrative (3). Des disciplines se sont transformées, comme la géographie ou les sciences de la nature. Le métier à changé (plus de tâches administratives, de contacts avec les parents et avec les divers intervenants). La société et les attentes ont changé.

Difficile de développer l'ensemble de ces savoirs et savoir-faire en 3 ans de formation. Les directeurs des hautes écoles pédagogiques de Suisse l'ont bien compris et leur annonce correspond à la tendance observée depuis plusieurs années dans la plupart des pays européens qui ont généralisé des formations de 5 ans pour tous les enseignants.

Mais la durée de la formation n'est pas le seul paramètre. D'autres facteurs entreront en ligne de compte (renforcement de la formation continue, amélioration de la qualité des dispositifs de formation, évolution des méthodes pédagogiques, adaptation des structures, ...) pour que la Suisse conserve un bon niveau de formation et qu'elle ne se retrouve pas à la traîne en matière d'éducation dans quelques années.

1. http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/formation-maitres...

2. https://www.rts.ch/play/radio/forum/audio/faudra-t-il-bie...

3. https://www.plandetudes.ch/

14:40 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

03/01/2017

Eduquer à l'incertitude... ...pour sortir du piège du dogmatisme

Incertitude.png

L'école transmet des savoirs... ...mais souvent de manière dogmatique. En effet, comme le dit Daniel Favre, dans son ouvrage "Éduquer à l'incertitude" (2016), la forme verbale utilisée pour enseigner correspond le plus souvent à celle employée pour véhiculer les dogmes.

Il devient alors difficile pour des élèves de s'y retrouver, de faire la différence entre les croyances et les connaissances scientifiques, de se forger des opinions construites et documentées, d'identifier les types de connaissances, leur domaine de validité et leurs limites.

Pour cela, il est inévitable de reconsidérer le statut de la réalité et les processus cérébraux qui font de nous des êtres "pensant"... ...c'est ce qu'appelle Daniel Favre (2016) l'individuation : un processus de formation de l'individu cognitif et psychologique.

En effet, pour entrer en contact avec notre environnement, notre société, notre culture, l'évolution nous a doté de sens et de perceptions. Or, les informations transmises par ces interfaces, peu performantes (nos sens sont limités), subissent des interprétations, parfois même des transformations et sont reconstruites par notre cerveau.

Ainsi, les réalités sont des réalités construites. Ce que nous prenons pour la réalité est en fait "une reconstruction subjective en fonction des filtres culturels, idéologiques et conceptuels que chacun élabore au cours de son existence", et dépend également de nos émotions du moment (Daniel Favre, 2016). 

D'où le danger mentionné par Edgar Morin (1999), le danger de cécité. "Il est [donc] nécessaire d’introduire et de développer dans l’enseignement l'étude des caractères cérébraux, mentaux, culturels des connaissances humaines, de ses processus et de ses modalités, des dispositions tant psychiques que culturelles qui lui font risquer l'erreur ou l'illusion." (Edgar Morin, 1999).

Il convient à l'école de "développer des outils pour ne pas se faire piéger par la pensée dogmatique" (Daniel Favre, 2016), des outils qui permettent aux élèves de comprendre ce que sont les connaissances et comment elles se construisent (épistémologie) et des outils pour décrypter le monde dans toute sa complexité et pour permettre aux élèves de gérer l’incertitude (Laurent Dubois, 2015).

Ce changement de paradigme est présent explicitement dans le Plan d'études actuellement en vigueur en Suisse romande. Il apparait dans la section dédiée aux capacités transversales, qui met en avant la capacité à développer des stratégies, une pensée créatrice, ainsi qu'une démarche réflexive :

  • "La capacité à développer des stratégies renvoie à la capacité d'analyser, de gérer et d'améliorer ses démarches d'apprentissage ainsi que des projets en se donnant des méthodes de travail efficaces.
  • La capacité à développer une pensée créatrice est axée sur le développement de l'inventivité et de la fantaisie, de même que sur l'imagination et la flexibilité dans la manière d'aborder toute situation.
  • La capacité à développer une démarche réflexive permet de prendre du recul sur les faits et les informations, tout autant que sur ses propres actions ; elle contribue au développement du sens critique" (CIIP, 2010).

Mais les habitudes ont la vie dure et le découpage en disciplines scolaires reste l'entrée privilégiée par l'institution. Or, intégrer véritablement ces enjeux d'apprentissage nécessite de revoir fondamentalement les approches, en privilégiant les approches interdisciplinaires et en développant les outils mentionnés ci-dessus.

Certains moyens d'enseignement dédient des chapitres entiers au développement de l'esprit critique et contribuent à rompre avec un enseignement des certitudes, comme par exemple le chapitre 10 des récents moyens d'Histoire 5P-6P Harmos centrés sur les représentations, ou le thème 6 nouveaux moyens d'Histoire 7P-8P Harmos intitulé "Mythes et légendes".

Verite.png

Page de titre du chapitre 10 des  moyens d'Histoire 5P-6P Harmos

Cette réorientation est une bonne chose, mais n'est pas suffisante, car l'enjeu est de taille. La formation initiale et continue a un rôle important à jouer... ...pour autant qu'elle intègre ce changement de paradigme.

Les représentations sur le rôle de l'école et sur ses nouvelles missions doivent également évoluer dans les esprits  de tous... ...et c'est là peut-être la chose la plus difficile à réaliser, dans une société conservatrice.

 

1. Daniel Favre, 2016. Eduquer à l'incertitude. Editions Dunod.

2. Edgar Morin, 1999. Les sept savoirs de l'éducation du futur. UNESCO.

3. Laurent Dubois, 2015. L'école doit enseigner l'incertitude et la complexité. Blog TDG

4. CIIP, 2010. Plan d'étude romand. Description des capacités transversales.

 

19:17 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook | | | |

21/12/2016

Un projet pour revaloriser l'enseignement des sciences

Notre pays, notre économie, a besoin, plus que jamais, d'une jeune génération maîtrisant les enjeux scientifiques de notre société, que ce soit pour relever les défis environnementaux, technologiques, médicaux ou humains.

Nos autorités en ont pris conscience et sont en train de revaloriser l'enseignement des sciences et ce dès le début de la scolarité obligatoire. Ainsi, dans le canton de Genève, un Plan de revalorisation des mathématiques et des sciences de la nature (Plan MSN) est en train de se déployer.

Pour intéresser les jeunes et susciter des vocations, il est important de permettre aux élèves de prendre connaissance de la richesse et de la diversité des métiers scientifiques... ...et donc de mettre en contact les élèves avec des scientifiques en activité.

C'est l'objectif du projet pédagogique Educapoles (https://educapoles.wordpress.com/) qui va permettre aux élèves de Suisse romande, de suivre en live des expéditions scientifiques et des recherches menées en Antarctique, notamment l'expédition Antarctic Circumnavigation Expedition (ACE), du Swiss Polar Institute (http://spi-ace-expedition.ch/), et les activités de la station Princesse Elisabeth en Antarctique (PEA).

Contexte

  • Importance croissante de la dimension scientifique dans les enjeux de société ;
  • Les filières scientifiques sont délaissées (pénurie de personnel qualifié dans les domaines MINT) ;
  • Présence des thèmes du développement durable et des changements climatiques dans les programmes scolaires et dans les stratégies éducatives ;
  • Création du Swiss Polar Institute (SPI) et organisation de l'expédition Antarctic Circumnavigation Expedition (ACE) – Université de Genève – EPFL ;
  • Saison de recherche à la station Princess Elisabeth en Antarctique (PEA).

Le projet scientifique

Le Swiss Polar Institute, créé en avril 2016, est dédié à l’étude des pôles et des environnements extrêmes. Son premier projet est d’envergure: une expédition scientifique internationale de circumnavigation autour du continent antarctique, réunissant 55 chercheurs issus de 30 pays et travaillant sur 22 projets de recherche : Antarctic Circumnavigation Expedition. Cette expédition scientifique aura lieu du 20 décembre 2016 au 18 mars 2017. Départ de ACE - TDG du 21 décembre 2016.

La station Princess Elisabeth en Antarctique (PEA) héberge depuis sa construction en 2008 des équipes de recherche du monde entier. Cette année encore, de novembre 2016 à février 2017, plusieurs équipes de recherche prélèveront leurs données à Utsteinen, lieu d’implantation de la station PEA. Les recherches de cette année toucheront notamment le thème du climat et des phénomènes météorologiques.

Durant ces expéditions scientifiques, plusieurs recherches y seront menées par des hautes écoles suisses, l’EPFL, l’Université de Genève, l’ETH de Zürich ou l’Institut F.-A. Forel.

Le projet pédagogique

Le projet pédagogique s’articulera autour du suivi en live de l’expédition et des recherches menées en Antarctique, d’un concept d’interventions et de documents pédagogiques diffusés dans les écoles.

1. Live de l’expédition ACE et des activités scientifiques menées à la station PEA

Noé Sardet à bord du bateau Akademik Treshnikov (décembre à mars 2017) et Catherine Cherix (enseignante de sciences à Epalinges), envoyée à la station PEA en Antarctique (janvier et février 2017), seront chargés, par le biais d’un blog, de la communication avec les écoles :  suivi des équipes de recherche, capsules vidéos, reportages photographiques, visioconférence, activités pédagogiques.

2. Interventions pour les écoles

Pour découvrir les régions polaires, les sciences polaires et les enjeux environnementaux qui leur sont liés, des interventions, conduites par des médiateurs scientifiques d'Animascience, seront proposées aux écoles.

Ces interventions recoureront à des supports didactiques originaux - maquettes de l’Arctique et de l'Antarctique, animations flash – et proposeront aux élèves des activités pédagogiques adaptées.

3. Documents pédagogiques diffusés aux écoles

Afin que les enseignants puissent travailler en classe sur les thématiques retenues par les équipes de recherche, des documents pédagogiques seront mis à dispositions des écoles, sur le site. Ils toucheront des thèmes en lien avec le plan d’études en vigueur en Suisse romande (PER) - le climat et les changements climatiques, la biodiversité animale et végétale, le cycle de l’eau et les mécanismes océaniques (courants, interactions océan-atmosphère, …).

Un dossier thématique a été également réalisé pour l'occasion par RTS-Découverte (http://www.rts.ch/decouverte/sciences-et-environnement/en...).

A la suite de la saison de recherche, un dossier pédagogique sera réalisé pour une utilisation sur le long terme (utilisation et exploitation des données scientifiques et des documents - vidéos, photos, ... - récoltés durant les expéditions).

 

Le blog du projet pédagogique : https://educapoles.wordpress.com/

Lien direct vers l'inscription pour les classes : https://lc.cx/JJuz

 

4. Les partenaires

partenaires.png

 

08:24 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |